Molard, à Tour de rôles

Bien plus élégante que son nom pourrait nous le faire croire, la Tour du Molard a écrit son conte. Elle renferme des questions parfois sans Raiponce et cache de curieux mystères que l’on peine à ne pas creuser. C’est parti pour une visite indiscrète, vous nous suiviez ?

Nous voici sur la Place du Molard à Genève. Le tram gronde. Les femmes en tailleur et hommes en costume rejoignent à grands pas leur bureau après un déjeuner sur le pouce dans l’un des restaurants voisins. On se faufile au milieu d’un défilé de sacs des Grands Magasins, on foule les pavés de basalte typiques de la Vieille-Ville genevoise. Saviez-vous que ces pierres parlaient la nuit ?

On continue notre chemin (les talons aiguilles ne sont pas recommandés). On jette un coup d’œil aux anciennes halles, on s’attarde, un peu bousculé par des shoppeuses agitées. Difficile de croire que les voitures circulaient encore sur la Place du Molard avant 1973… Arrivés au bout de l’espace pavé, avant la rue du Rhône, la voilà notre Tour !

Cet ancien ouvrage militaire qui avait pour dessein de garder l’entrée du port de la ville du côté du lac Léman au XIVe siècle a conservé son charme pittoresque d’antan. Sa cage d’escalier à arcades ajourées ne vous fait-elle pas de l’œil ?

Si vous n’osez pas encore franchir son seuil, alors commencez par reculer de quelques pas et levez les yeux en direction du sommet de la tour. Y voyez-vous une clé ? Suspendue à la flèche de la girouette, son origine suscite de nombreuses interrogations. Il s’agirait de la clé de la porte de Rive que l’on tentât de livrer aux Savoyards, rivaux d’antan, par le biais d’une dinde*. A la veille de l’Escalade, le judas se serait fait attraper et la clé fut donc accrochée là, en souvenir de cette trahison.

Selon d’autres hypothèses, l’objet pendu à une hallebarde aurait aussi pu être le pass de l’ancienne porte du lac ou une clé fournie par un maître serrurier résidant autrefois dans la tour.

Et il ne fut pas le seul à s’en occuper le seul à s’en occuper… Plus ou moins bien ! Avant lui, un dénommé Charles Cusin, considéré comme l'introducteur de l'horlogerie à Genève, reçut la bourgeoisie après avoir réparé son horloge "la monstre du Molard à la charge qu'il conduyra ladite monstre"**. Sommé d’y faire des réparations, l’horloger obtint une certaine somme d'argent comme avance sur son travail. Mais voilà, l’homme peu scrupuleux disparût soudainement sans avoir terminé sa besogne…

 Reprenons notre observation ! Au-dessous de son toit, les frises et armoiries peintes relatent l’histoire du Moyen-Âge et de la Réforme à Genève. Vous la connaissez, n’est-ce pas ? On doit ce travail à l’architecte cantonal Charles Engels qui donna à la Tour du Molard une dimension plus patriotique, en la reconstruisant presque entièrement au début des années 1900***.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré cet ouvrage des plus réussis, 20 ans plus tard, on vit apparaître un étrange bas-relief sculpté dans le flanc droit du bâtiment. Une inscription à la gloire d’une « Genève, cité de refuge ». L’un des visages vous dit-il quelque chose ? Oui, oui, il s’agit bien de Lénine, exilé politique qui séjourna à Genève dans les années 1910. Pour un symbole des réfugiés, il va sans dire que les Genevois en râlent encore !

La Tour du Molard en a vécu bien des histoires dont nous n’avons certainement pas fini de faire le tour et ce, avant même d’avoir entamé son ascension… Mais, puisqu’aujourd’hui elle abrite un bar à vin****, c’est autour d’un verre que nous dégusterons la suite. Qui sait, les langues se délieront encore davantage !

A votre Tour de chercher !

  • * https://www.letemps.ch/culture/2017/07/10/geneve-mysterieuse-cle-tour-molard
  • ** https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Cusin
  • *** http://www.ville-geneve.ch/index.php?id=16358&id_detail=4150
  • **** http://tourdumolard.com/